Le hexiang : l’encens composé, porté en perles

Hexiang, 合香, signifie encens composé. On ne brûle pas un bois ou une résine seuls. On réduit plusieurs matières odorantes en poudre et on les réunit en un seul parfum. Chaque bracelet de notre registre est un hexiang, façonné en perles.
Pour brûler, pour porter
Le traité d’encens des Chen a été commencé par Chen Jing et achevé par son fils. Sa préface est datée de 1322, et il réunit en quatre volumes onze traités plus anciens. Dès le premier chapitre, il résume le sujet en quelques lignes. L’encens vient « des herbes ou des arbres, des fleurs, des fruits, des nœuds, des feuilles, de l’écorce ou de la sève ; ou bien la main de l’homme le cuit et le compose. Il y en a pour brûler, il y en a pour porter. »
Le traité cite ensuite un texte plus ancien sur l’arrivée des matières. Avant les Qin et les Han, on ne parlait que de l’orchidée, du mélilot, du poivre et de la cannelle. Sous l’empereur Wu des Han, les secrétaires de la cour prirent l’habitude de garder un clou de girofle en bouche pour présenter leurs rapports au trône. Les siècles suivants apportèrent par la mer le bois d’agar, le bornéol et l’oliban. L’eau de rose aussi. En 958, une ambassade en offrit quinze flacons venus de l’extrême ouest. Les vêtements qu’on en aspergeait s’usaient avant que le parfum ne s’en aille.
L’encens à table
Les mémoires de Wu Zimu sur Hangzhou à l’époque Song, le Mengliang lu, décrivent les services qu’une maison pouvait louer pour un banquet. L’un d’eux s’occupait de l’encens : l’ambre gris, le bois d’agar et le bornéol, les brûle-parfums et la cendre fine. Ses gens guettaient le moment où il fallait changer l’encens et, après le vin, apportaient un bouillon contre l’ivresse. Le livre cite un dicton de la ville : brûler l’encens, préparer le thé, accrocher les peintures et arranger les fleurs sont quatre tâches de loisir « qu’il ne faut pas laisser aux amateurs ».
Le parfum qu’on emporte
On portait aussi le parfum. La préface de 1322 rappelle deux exemples célèbres. Quand Xun Yu, ministre de la fin des Han, s’asseyait chez quelqu’un, le siège restait parfumé trois jours. Un lettré Song nommé Mei tenait chaque matin ses manches au-dessus d’un brûle-parfum, les refermait, et ne libérait le parfum qu’une fois assis.
Le quatrième volume du traité s’ouvre sur les perles parfumées, xiangzhu 香珠. La première recette, les perles d’osmanthus du commissaire Sun, prend les fleurs encore en boutons (« ouvertes, elles n’ont plus d’odeur »), cueillies avant que la rosée ne sèche. On les broie à la meule de pierre, on les presse dans un linge et on les roule en perles de la taille d’une petite pièce. Chaque perle est percée d’une baguette de bambou et séchée à l’ombre sur quatre ou cinq feuilles de papier. Enfilées par cent, elles pendent à un petit arc de bambou, dans le vent. Presque sèches, on les rince quinze par quinze jusqu’à ce qu’elles prennent une couleur noir bleuté. Enveloppées de soie neuve, dit la recette, elles gardent leur parfum des années.
Le même volume termine ses recettes par des conseils d’entretien pour « les anneaux, pendentifs et rangs de perles parfumés ». Après l’été, frottez la sueur et la crasse avec de la prêle, pour que l’humidité ne les gâte pas. S’ils sont gâtés, lavez-les à l’eau tiède et séchez-les au soleil, « et le parfum sera comme avant ».
Comment nous faisons les nôtres
Chacune de nos formules est réduite en poudre, mélangée et façonnée en perles à la main, puis séchée au moins vingt jours. Nous donnons les matières de la plus abondante à la moins abondante, et nous disons clairement lesquelles sont des accords. Un accord est un assemblage de matières odorantes composé pour évoquer une seule odeur. Notre bois d’agar et notre ambre gris sont des accords. Rien dans nos mélanges ne vient d’un cachalot.
Nos perles ne suivent pas les recettes ci-dessus. Nous citons les traités parce qu’ils montrent depuis combien de temps on compose le parfum, on le porte et on en prend soin.
Prendre soin des nôtres
Gardez-les au sec. Nos perles sont de la poudre pressée : retirez le bracelet avant de vous laver les mains, de prendre un bain ou de nager. Le vieux conseil de laver à l’eau tiède les perles gâtées valait pour ces perles-là, pas pour les nôtres.
Le parfum est le plus net quand le bracelet est neuf, puis il s’adoucit à mesure qu’on le porte, mais il reste plus de cinq ans.
Pas un bracelet diffuseur
On confond parfois les perles parfumées avec les bracelets diffuseurs en pierre de lave, qui retiennent quelques gouttes d’huile essentielle. Dans une perle de hexiang, les matières odorantes sont la perle elle-même. Il n’y a pas d’huile à ajouter.
Les quatre formules
- Moonlit Osmanthus · 伴月木樨香 : osmanthus doré, accord bois d’agar, santal, benjoin.
- Jasmine Snowfall · 茉莉吹雪香 : jasmin à petites fleurs, accord bois d’agar, santal, thé séché.
- Goose-Pear Canopy · 鵝梨帳中香 : accord bois d’agar, santal, poire e li, feuilles de thé Pu’er.
- Elegant Orchid & Ambergris · 蘭芳龍涎香 : accord bois d’agar, santal, oliban, chuanxiong, rosée de rose, accord ambre gris.
Sources
- Chen Jing, Chenshi xiangpu 陳氏香譜. Préface de 1322 et notice du catalogue ; volume 1 (香品舉要, 薔薇水) ; volume 4 (香珠, 孫廉訪木犀香珠, 收香珠法).
- Wu Zimu, Mengliang lu 夢粱錄, volume 19 (四司六局筵會假賃).