Les quatre loisirs : l’encens, le thé, les peintures et les fleurs

Brûler l’encens, préparer le thé, accrocher les peintures et arranger les fleurs : on présente souvent ces quatre gestes comme les arts de vivre de l’époque Song. La formule vient des mémoires d’un habitant de Hangzhou, la capitale des Song du Sud. Dans son contexte d’origine, c’est un conseil pour les banquets : ces quatre tâches ont l’air de loisirs, mais il faut en charger quelqu’un qui sait les faire.
D’où vient la formule
Wu Zimu, natif de Qiantang, a écrit le Mengliang lu 夢粱錄 en se souvenant de Hangzhou. Le dix-neuvième volume décrit les « quatre offices et six bureaux » qu’on pouvait louer pour un banquet. Les administrations y recouraient pour leurs banquets de printemps et pour le festin offert aux lauréats des examens. Les familles riches comme les simples citadins louaient le même personnel pour les noces et les funérailles, et « tout pouvait être fourni ».
Chaque office avait sa tâche. L’office des tentures posait les toiles de plafond, les tours de table, les rideaux et les paravents, ainsi que les rouleaux de calligraphie et de peinture. L’office du thé et du vin servait le thé, versait le vin, plaçait les invités et annonçait les saluts. Il y avait encore une cuisine, un office des plateaux, et des bureaux pour les fruits, les fruits confits, les légumes, les lampes et les bougies, les meubles et le ménage.
Qui s’occupait de l’encens
Un bureau avait la charge de l’encens et des remèdes. Il gardait l’ambre gris, le bois d’agar, le bornéol et d’autres encens rares, les supports, les brûle-parfums et les boules à encens, et disposait l’encens sur la cendre fine. Ses gens guettaient le moment où il fallait changer l’encens. Après le vin, ils apportaient sur demande des bouillons contre l’ivresse et des galettes médicinales.
Le dicton
Wu Zimu cite alors un dicton : « Brûler l’encens, préparer le thé, accrocher les peintures, arranger les fleurs : quatre tâches de loisir qu’il ne faut pas laisser aux amateurs. » Si quelque chose se passait mal pendant un banquet, ajoute-t-il, c’est que le personnel n’était pas assez habile. Le mot qu’il emploie pour les amateurs, lijia 戾家, désigne les gens étrangers à un métier.
Il note même l’ordre dans lequel on récompensait le personnel à un banquet : l’office du thé et du vin d’abord, la cuisine ensuite, puis les musiciens, puis les bureaux, et enfin les propres serviteurs de l’hôte. C’est un détail, écrit-il, mais il le consigne.
Pourquoi on en a fait les quatre arts
Lus aujourd’hui, ces quatre gestes ressemblent aux passe-temps d’un lettré, et on les présente souvent ainsi. Les mémoires en font un travail de métier : à un banquet de Hangzhou, quelqu’un était payé pour surveiller l’encens. Les deux lectures s’accordent sur un point. À Hangzhou sous les Song, l’encens avait sa place à côté du thé, des peintures et des fleurs quand on préparait une pièce pour recevoir.
L’encens qu’on porte
Dans ces mémoires, l’encens se brûle. On le portait aussi, en perles parfumées : voir Le hexiang : l’encens composé, porté en perles. Nos bracelets sont des hexiang façonnés en perles, et le registre des matières donne ce que contient chacun. Nos perles ne suivent pas les recettes des anciens traités.
Sources
- Wu Zimu, Mengliang lu 夢粱錄, volume 19 (四司六局筵會假賃).